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Hommes et femmes face à la santé : deux façons très différentes de se soigner

  • Photo du rédacteur: Dr Loris-Alexandre Mazelin
    Dr Loris-Alexandre Mazelin
  • il y a 17 heures
  • 4 min de lecture

Face à un symptôme, tout le monde ne réagit pas de la même manière. Certains consultent rapidement, d’autres attendent, minimisent ou repoussent le rendez-vous médical. Ces différences ne sont pas le fruit du hasard. Elles sont en grande partie liées au genre et influencent profondément la prévention, le diagnostic et l’efficacité des traitements.

Comprendre ces mécanismes permet de mieux soigner, mais aussi de mieux prévenir.


Homme et femme dos à dos
Derrière beaucoup de consultations, il y a une femme qui s’inquiète… et un homme qui aurait attendu encore.


Les femmes et la santé : consulter plus tôt et plus souvent


De façon générale, les femmes consultent plus fréquemment que les hommes.

Elles sont davantage inscrites dans une démarche de prévention, qu’il s’agisse de bilans de santé, de dépistages ou de suivi médical régulier.

Selon l’Insee, 88 % des femmes avaient, en 2019, consulté un médecin généraliste depuis moins d’un an, contre 80% des hommes ; 60 % des femmes avaient vu un dentiste, contre 54 % des hommes. L’écart était encore plus fort pour le recours à un médecin spécialiste : 53 % des femmes contre 42 % des hommes.


Cette différence s’explique en partie par une meilleure écoute du corps et une plus grande facilité à exprimer les symptômes. Les femmes ont également tendance à mieux suivre les traitements prescrits.

Cependant, cette fréquence de consultation peut aussi avoir un revers.


Les hommes et la santé : attendre, minimiser, consulter tard


À l’inverse, les hommes consultent en moyenne plus tard. Ils attendent souvent que les symptômes deviennent gênants, voire invalidants, avant de demander un avis médical. Cette attitude est largement influencée par des normes sociales qui valorisent l’endurance et la résistance à la douleur (Courtenay, 2000).


Les hommes participent également moins aux actions de prévention et sont plus réticents face aux traitements perçus comme contraignants. Ce n’est pas un hasard si, en France, l’espérance de vie atteint 79,2 ans chez les hommes contre 85,3 ans chez les femmes, selon les données de l’INED en 2020. Cette différence traduit en partie un moindre recours aux soins, une prévention plus tardive et une prise en charge souvent différée.


Dans le couple, un rôle clé souvent porté par les femmes


Dans de nombreuses situations, ce sont les femmes qui jouent un rôle central dans l’accès aux soins du couple. Elles repèrent les symptômes, prennent les rendez-vous et encouragent leur conjoint à consulter.

Ce rôle est particulièrement visible pour les maladies chroniques ou silencieuses, lorsque les symptômes ne sont pas toujours perçus par la personne concernée.


L’exemple de l’apnée du sommeil


Le syndrome d’apnées obstructives du sommeil illustre de façon particulièrement parlante les différences de rapport à la santé au sein du couple. En pratique clinique, la démarche de consultation est très rarement initiée par le patient lui-même. Le plus souvent, ce sont les conjointes qui prennent l’initiative, alertées par des ronflements intenses, des pauses respiratoires inquiétantes ou une fatigue diurne devenue envahissante.


Dans de nombreux cas, la motivation première de la consultation n’est pas seulement médicale. Elle est relationnelle. Les patients arrivent souvent au cabinet parce que leur couple est en difficulté. Les ronflements ont conduit à des nuits hachées, parfois à des chambres séparées, et à une dégradation progressive de la relation. Il n’est pas rare que le motif implicite de la consultation soit de « sauver le couple », bien plus que de traiter une pathologie dont le patient minimise encore la gravité.


Les hommes concernés ont fréquemment tendance à banaliser les symptômes. Ils décrivent les ronflements comme gênants mais anodins, les pauses respiratoires comme exagérées par l’entourage, et la somnolence comme une simple fatigue liée au travail. Pourtant, ces signes traduisent une pathologie aux conséquences cardiovasculaires, métaboliques et neurocognitives bien documentées. Lorsqu’on les interroge directement, beaucoup reconnaissent que, sans l’insistance de leur conjointe, ils ne seraient probablement jamais venus consulter.


Cette dynamique est également visible dans le déroulement même de la consultation. Il est très fréquent de voir les patientes accompagner leur conjoint, s’installer à leurs côtés et jouer un rôle actif dans l’anamnèse. Elles décrivent précisément les symptômes nocturnes, les horaires de sommeil, l’évolution des ronflements, les changements de comportement diurne. Elles retiennent les explications, posent des questions et prennent mentalement note des recommandations, souvent avec une attention que le patient lui-même n’aurait pas mobilisée spontanément pour sa propre santé.


À l’inverse, lorsque les femmes sont concernées par un trouble du sommeil, la dynamique est souvent très différente. Elles viennent majoritairement seules en consultation. Elles ont déjà observé leurs symptômes, effectué des recherches, identifié un problème potentiel et engagé la démarche sans soutien extérieur. Elles se présentent comme pleinement actrices de leur santé, convaincues de pouvoir gérer seules le parcours de soins, de la consultation au traitement.


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Pourquoi en parler ?


Ces différences ne sont ni anecdotiques ni inévitables. Elles ont un impact direct sur la santé, le risque cardiovasculaire, la qualité de vie et l’efficacité des traitements.


Mieux les comprendre permet d’encourager les hommes à consulter plus tôt, avant l’apparition de complications parfois graves, et d’adapter les messages de prévention et d’éducation thérapeutique. Il s’agit notamment de faire prendre conscience de la gravité des troubles du sommeil, avec des conséquences cardiovasculaires avérées, un risque accru de dépression, d’accident vasculaire cérébral, ainsi qu’un risque majoré d’accidents de la route lié à la fatigue et à la somnolence diurne.


Ces différences ne concernent pas uniquement l’apnée du sommeil. Elles reflètent plus largement le rapport des hommes à la santé et au soin. Consulter tardivement, minimiser les symptômes ou attendre qu’un proche s’inquiète reste fréquent, avec des conséquences réelles sur la santé globale et la mortalité.


Il est essentiel que les choses changent. Consulter, prendre soin de sa santé et agir en prévention ne devrait pas être vécu comme un aveu de faiblesse, mais comme un levier majeur de santé, de qualité de vie et de longévité.


Article rédigé par Docteur Loris-Alexandre Mazelin




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ÉLÉA SANTÉ

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