• Anne-Lise GAUTHIER

Grossesse et apnée du sommeil : un cocktail fortement déconseillé


Les troubles du sommeil sont à l'origine de nombreux dysfonctionnements ayant des conséquences négatives lors de la grossesse. Et cela touche aussi bien maman, que bébé.


Physiologie et mécanismes cliniques :


La qualité du sommeil diminue dès le 1er trimestre de grossesse avec une aggravation importante au 3ème trimestre.

De nombreux mécanismes sont en cause : inconforts musculosquelettiques, mouvements fœtaux, congestion nasale de cause hormonale, apparition d'impatiences (jambes sans repos) voire apparition d'un syndrome d'apnée du sommeil lié à la grossesse.







Les évaluations par polysomnographie chez les femmes enceintes ont montré une augmentation de la fragmentation du sommeil, ainsi qu’une diminution du sommeil paradoxal et du sommeil lent profond.


De facto, près de 30 % des femmes enceintes dorment moins de 7 heures par nuit du fait de ces multiples facteurs cités ci-avant.






S'ajoute à ces faits physiologiques la survenue fréquente d'insomnie (qu’elle soit d’endormissement, de maintien ou de réveil précoce) : elle touche près de 3/4 des patientes au 3ème trimestre.


Risques et complications :

Ces problématiques sont à l’origine d’une augmentation majeure des phénomènes dépressifs. Et certains de ces mécanismes seront également présents en post-partum avec de multiples conséquences.

Il a été ainsi étudié que les femmes qui étaient correctement prises en charge au niveau des troubles du sommeil lors de la grossesse présentaient une meilleure relation avec leur enfant dans les mois qui suivent sa naissance, notamment par l'existence d'un épuisement moindre.

L'altération du sommeil pendant la grossesse a de multiples conséquences à savoir entre autres :


· L'augmentation du risque de diabète gestationnel ;

· L’augmentation du risque d’hypertension gravidique ;

· L’augmentation du risque de césarienne et de prématurité.



De façon plus précise, la grossesse est liée à l’apparition ou l’aggravation d’un syndrome d'apnée du sommeil du fait : de la prise de poids, des rétrécissements des voies aériennes supérieures et de la congestion nasale liée aux hormones.

Les ronflements sont également plus fréquents et associés à des hypertensions artérielles ainsi qu’à de la somnolence.

On retrouve ainsi un syndrome d'apnée du sommeil chez près de 15 % des femmes enceintes.

Les conséquences du syndrome d'apnée du sommeil sont importantes :


· Hypertension artérielle gravidique

· Diabète gestationnel

· Prééclampsie

· Accouchement par césarienne

· Complication post opératoire

· Œdème pulmonaire

· Prématurité avec prise en charge en réanimation néonatale


L'ensemble de ces phénomènes semblent liés au stress oxydatif, lui-même lié au phénomène d'apnées, et à l'hypoxie sur le placenta.

Prise en charge et traitement :

Prendre en charge ces troubles du sommeil et dépister le syndrome d'apnées du sommeil chez un spécialiste est donc une priorité.


Des traitements efficaces existent, notamment l'appareillage par Pression Positive Continue selon des protocoles spécifiquement dédiés à la femme enceinte.

En sus des risques contrôlés/limités voire écartés, le traitement par ventilation nocturne en PPC permet une diminution notable de l'épuisement parental et par voie de conséquence la diminution du risque d'accident domestique et de maltraitance du nouveau-né (syndrome du bébé secoué entre autres ).


Le dépistage des troubles du sommeil et du syndrome d'apnée du sommeil est facile d'accès et présente une indication prioritaire s'il est suspecté chez la femme enceinte.

Si vous êtes concernée, n’hésitez pas à en parler à votre équipe médicale (sage-femme, gynécologue…) ou à vous rapprocher directement d’un somnologue près de chez vous.



Article rédigé par Dr MAZELIN & Anne-Lise GAUTHIER


Tags : grossesse ; apnée du sommeil ; risques ; conséquences ; maman ; bébé ; stress ; fatigue ; insomnie ; diabète gestationnel ; hypertension artérielle ; complications ; traitement.

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