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Dormir n'est pas consentir.

  • Photo du rédacteur: Dr Loris-Alexandre Mazelin
    Dr Loris-Alexandre Mazelin
  • il y a 1 jour
  • 6 min de lecture

Par le Docteur Loris-Alexandre Mazelin, Psychiatre Somnologue


Il y a des choses qu'on ne dit pas. Pas parce qu'elles ne comptent pas mais parce qu'on ne sait pas comment les nommer. Parce qu'on partage le même lit depuis des mois, des années. Parce qu'on aime la personne. Parce qu'on finit par se convaincre que, dans un couple, c'est normal.


Peut-être que vous lisez cet article parce que quelque chose vous a été fait pendant votre sommeil, et que vous n'avez jamais su comment appeler ça. Peut-être que vous le lisez parce que vous avez agi et qu'une petite voix vous dit qu'il faudrait y réfléchir. Peut-être simplement parce que vous n'y aviez jamais vraiment pensé.


Dans tous les cas : ce qui suit vous concerne.


Couple dans un lit  - Eléa Santé
Pendant le sommeil, il n’y a JAMAIS de consentement possible.

Ce que consentir veut vraiment dire


On confond souvent consentement avec absence de refus. Or, ce n'est pas la même chose et cette confusion est à l'origine de situations que des milliers de personnes vivent sans savoir comment les nommer.

Le consentement, c'est un oui clair, exprimé par des paroles ou des gestes sans ambiguïté. C'est un accord donné par une personne consciente, qui comprend ce qui se passe. Il est libre, sans pression, chantage, menace ou peur. Et il est révocable : on peut changer d'avis à tout moment, même au milieu d'un acte, même avec quelqu'un qu'on aime depuis des années.

Ce n'est pas une définition compliquée. C'est la condition minimale du respect.


L'absence de réaction ne vaut jamais consentement.


Ne pas repousser l'autre, ne pas crier, ne pas se réveiller : ce n'est pas un accord silencieux. C'est l'absence de réaction d'une personne inconsciente. Et ces deux réalités ne se ressemblent pas. Elles ne se valent pas. Elles n'ont rien à voir.


Ce que le sommeil fait vraiment au cerveau


C'est ici que mon expertise de psychiatre somnologue change tout : parce que comprendre ce qui se passe neurologiquement pendant le sommeil, c'est comprendre pourquoi il n'existe aucune zone grise dans cette question.


Le sommeil n'est pas un état uniforme. Il se compose de cycles d'environ 90 minutes, alternant entre plusieurs stades aux propriétés radicalement différentes.


En sommeil léger, le cerveau ralentit. La personne peut encore réagir à certains stimuli, mais ses capacités de jugement et d'évaluation sont déjà sévèrement altérées. Elle perçoit sans vraiment comprendre. Elle réagit sans vraiment décider.


En sommeil profond, le cortex préfrontal est la zone responsable de la conscience, du raisonnement moral et de la prise de décision est massivement désactivé. Les études en neuroimagerie sont formelles et sans appel. La personne ne perçoit plus clairement son environnement. Elle ne peut ni raisonner, ni évaluer, ni choisir.


En sommeil paradoxal, celui des rêves, l'activité cérébrale ressemble superficiellement à l'éveil mais le corps est en état d'atonie musculaire quasi complète, et la conscience réelle est absente.


Dans tous ces stades, sans exception :

Une personne endormie ne peut pas dire oui. Elle ne peut pas dire non. Elle ne peut pas dire quoi que ce soit. Et si son corps réagit parfois à une stimulation, c'est le produit d'un réflexe physique et non pas d'un choix conscient. Confondre ce réflexe avec un consentement, c'est une erreur. Ou pire : une justification que certains se donnent pour ne pas avoir à regarder la réalité en face.


Ce que la société a dû regarder en face


L'affaire Gisèle Pelicot, jugée fin 2024, a forcé la société entière à ouvrir les yeux. Pendant des années, son mari la droguait pour la plonger dans l'inconscience, la violait, et recrutait des dizaines d'hommes pour faire de même , des hommes ordinaires, qui savaient.

Gisèle Pelicot aurait pu demander l'anonymat. Elle a exigé que les débats soient publics. Son visage, son nom, sa voix — face au tribunal et face au monde.

« La honte doit changer de camp. »

Cette phrase a traversé la société comme une évidence longtemps tue. Elle a conduit directement à une refonte majeure du droit français et elle a donné une voix à des milliers de personnes qui n'avaient pas encore trouvé les mots.


Ce que dit la loi — et c'est plus sévère que beaucoup ne le pensent


Les faits d'abord

Tout acte à caractère sexuel commis sans consentement est une agression sexuelle punie de cinq ans d'emprisonnement. Lorsqu'il y a pénétration, c'est un viol puni de quinze ans de réclusion criminelle. Dans les deux cas, une personne endormie remplit par définition les conditions légales : elle n'a pas consenti, et son état de sommeil constitue une "surprise" au sens de la loi.

La Cour de cassation l'a confirmé sans ambiguïté le 10 septembre 2024 : accomplir des gestes sexuels sur une personne qui dort constitue une agression sexuelle, car l'auteur profite en connaissance de cause de l'incapacité de la victime à consentir.


Le viol aggravé : ce que beaucoup ignorent


L'article 222-24 du Code pénal prévoit que le viol est puni de vingt ans de réclusion criminelle lorsqu'il est commis sur une personne dont la particulière vulnérabilité est apparente ou connue de l'auteur.

Une personne endormie est par définition vulnérable. Celui qui agit sait qu'elle dort. La vulnérabilité est donc connue — automatiquement, sans qu'aucune preuve supplémentaire soit nécessaire.

L'article 132-80 du Code pénal aggrave encore les peines lorsque l'infraction est commise par le conjoint, le concubin ou le partenaire de PACS.

La relation amoureuse n'est pas une circonstance atténuante. C'est une circonstance aggravante.


La loi du 6 novembre 2025

Née du choc Pelicot, cette loi inscrit désormais dans le Code pénal que le consentement doit être « librement donné, éclairé, spécifique, préalable et révocable » — et qu'il ne peut en aucun cas être déduit du silence ou de l'absence de réaction, notamment lorsque la personne est endormie, inconsciente, sous emprise ou en état de sidération.

Désormais, c'est à l'auteur d'expliquer comment il s'est assuré du consentement. Plus à la victime de prouver qu'elle a refusé. Ce renversement de la charge de la preuve est un changement de paradigme fondamental.


Si c'est vous qui agissez — et que vous n'y aviez pas vraiment réfléchi


Dans un couple, certaines habitudes s'installent. On partage un lit, une intimité, une histoire. On finit par croire que des gestes posés pendant le sommeil de l'autre sont une façon d'exprimer son amour. Une complicité tacite. Quelque chose de naturel.

Ce raisonnement est humain. Et il est faux.


Être en couple ne donne jamais un droit automatique sur le corps de l'autre. Aucune durée de relation, aucune habitude partagée, aucun amour sincère ne transfère la propriété du corps de l'autre. Jamais.


Un accord donné un jour n'est pas un accord pour toujours. Le consentement se renouvelle à chaque fois. Il ne se capitalise pas. « On l'a déjà fait », « on en a parlé », « je sais ce qu'il/elle aime » — aucun de ces arguments ne remplace un accord conscient, au moment précis où l'acte a lieu.

Et si l'autre dort, vous ne pouvez pas savoir s'il ou elle est d'accord ce jour-là, dans cette humeur-là, à cet instant précis. Vous ne pouvez pas le savoir parce qu'il ou elle ne peut pas vous le dire.

C'est aussi simple que ça. Et aussi grave que ça.


Aimer une personne, c'est la respecter en tout temps — surtout quand elle est la plus vulnérable.


Si quelque chose dans ces lignes résonne, il n'est pas trop tard. En parler avec un médecin ou un thérapeute de couple, c'est possible. C'est même un acte de respect envers l'autre, et envers vous-même.


Si c'est vous qui avez subi


La confusion que vous ressentez a un nom. Le doute sur la légitimité de ce que vous avez vécu a une explication : pendant des décennies, la société a appris aux victimes à minimiser, à relativiser, à se taire.

« On était ensemble. » « Je dormais, je n'ai rien dit. » « Il/elle m'aime. » Ces phrases ne sont pas des preuves que rien ne s'est passé. Ce sont les traces exactes de ce mécanisme de banalisation.


La honte ne vous appartient pas.


Votre malaise est légitime. Votre parole est recevable des années après, des décennies après. Le délai de prescription pour un viol est de 20 ans à compter des faits.

Cela touche tout le monde. Les femmes, majoritairement — mais aussi les hommes, et des personnes de toutes identités. Si vous êtes un homme : votre vécu compte autant. Votre parole est tout aussi légitime.

Vous n'avez pas à décider seul·e. Parler à un médecin, un·e psychologue ou une association ne vous engage à rien, sinon à commencer à mettre des mots sur ce que vous avez vécu.


Les ressources


  • 3919 — Violences Femmes Info (gratuit, 24h/24, 7j/7) — victimes et entourage

  • 0800 05 95 95 — France Victimes (gratuit) — accompagnement juridique et psychologique

  • arretonslesviolences.gouv.fr — informations et soutien en ligne

  • En urgence : 17 (police) ou 15 (SAMU)


Aimer une personne, c'est la respecter en tout temps — surtout quand elle est la plus vulnérable. Cette évidence n'est pas une contrainte imposée aux couples. C'est ce que le mot amour signifie vraiment.


Article rédigé par : Docteur Loris-Alexandre Mazelin

Psychiatre Somnologue


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ÉLÉA SANTÉ

Var & Alpes-Maritimes - Draguignan - Montauroux - Nice

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