Peut-on guérir de l'apnée du sommeil avec l'OAM ?
- Dr Loris-Alexandre Mazelin

- 19 juin
- 7 min de lecture
Dernière mise à jour : 24 juin
Mis à jour en juin 2026
« En France, 950 000 patients portent une PPC. 15 000 portent une OAM. Pourtant, pour des milliers d'entre eux, l'orthèse aurait pu être une option et personne ne leur en a parlé. »
L'orthèse d'avancée mandibulaire est la grande oubliée du traitement de l'apnée du sommeil en France. Moins connue que la PPC, souvent présentée comme une solution de second recours, elle souffre d'une réputation injuste : celle d'un dispositif peu efficace, inconfortable, réservé aux cas légers.
La réalité est bien différente. Depuis 2014, la HAS recommande l'OAM en première intention pour les SAOS modérés sans comorbidité cardiovasculaire grave (HAS, évaluation 2014).
Peut-elle guérir l'apnée obstructive du sommeil ? Comme la PPC, non. Elle ne corrige pas la cause. Mais elle peut la contrôler efficacement, avec une tolérance parfois supérieure, si on respecte bien ses limites.
À retenir L'OAM est une double gouttière sur mesure portée la nuit. Elle avance la mâchoire pour libérer les voies aériennes. Elle ne guérit pas l'apnée (les apnées reprennent à l'arrêt) mais la diminue significativement. L'étude ORCADES montre qu'environ 3/4 des patients ont un IAH divisé par 2 à 3 mois. Elle est recommandée par la HAS en 1re intention pour les SAOS modérés sans comorbidité cardiovasculaire. Efficacité comparable à la PPC sur la qualité de vie dans le SAOS modéré (meilleure tolérance = meilleure observance). L'OAM est à proposer en cas d'échec de la PPC dans le SAOS sévère. L'OAM fonctionne mieux sur l'apnée obstructive avec désaturation que sur celle principalement liée à des micro-éveils. |
Cet article fait partie de la série Peut-on guérir de l'apnée du sommeil ? sur Éléa Santé. Retrouvez aussi les articles sur la PPC, la chirurgie maxillo-faciale et la perte de poids.

Qu'est-ce que l'OAM ? Le principe en quelques mots
L'orthèse d'avancée mandibulaire est une double gouttière dentaire sur mesure portée uniquement la nuit. Elle maintient la mâchoire inférieure en position avancée pendant le sommeil, ce qui déplace mécaniquement la base de la langue vers l'avant, libérant l'espace pharyngé et facilitant le passage de l'air.
C'est le même principe que la chirurgie maxillo-faciale, mais en version réversible et non permanente. L'OAM avance la mâchoire chaque nuit de quelques millimètres. Le matin, vous la retirez, et tout revient en position normale.
Ce que la science dit vraiment : l'étude ORCADES
Les résultats à 3 mois
L'étude ORCADES est la plus grande étude française sur l'OAM. Menée dans 13 centres du sommeil, elle a inclus 369 patients avec un SAOS confirmé. Les résultats à 3 mois sont solides (Vecchierini et al., Sleep Medicine, 2016) : près de 80 % des patients ont vu leur IAH divisé par 2. La somnolence diurne a diminué significativement (score d'Epworth passant de 11,5 à 7,8). 75 % des ronfleurs ne gênaient plus leur entourage.
Le suivi à 2 ans
À 2 ans, l'efficacité se maintient : le taux de succès (réduction IAH ≥ 50 %) est stable, la tolérance reste bonne, et l'observance est élevée (plus de 6 heures par nuit en moyenne). Les effets secondaires dentaires existent mais sont modérés et gérables avec un suivi (Attali et al., Sleep Medicine, 2019).
Le suivi à 5 ans
À 5 ans, sur 172 patients suivis : 52 % de succès global. Le taux de succès varie selon la sévérité initiale : 25 % pour les SAOS légers, 52 % pour les modérés, et 63 % pour les sévères. Un point contre-intuitif : l'OAM fonctionne mieux à long terme dans les SAOS sévères que dans les légers (Vecchierini et al., J Clin Sleep Med, 2021).
Pour les SAOS sévères aussi
Un point souvent mal connu : l'OAM n'est pas réservée aux cas légers. Une étude prospective portant sur 271 patients avec SAOS sévère traités par OAM montre que l'IAH a été réduit en moyenne de 21,5 événements/heure, que 70,7 % des patients ont obtenu une réduction de l'IAH supérieure à 50 %, et que 58,5 % avaient un IAH inférieur à 15/h après traitement (Buiret et al., Rev Mal Respir, 2022).
Ces résultats font dire aux auteurs que l'OAM devrait être plus systématiquement proposée en cas d'échec ou de refus de la PPC chez les SAOS sévères.
OAM vs PPC : efficacité comparable sur la qualité de vie
L'OAM a une efficacité moindre sur la réduction brute de l'IAH par rapport à la PPC. Mais les résultats des deux traitements sont comparables en termes de qualité de vie, de vigilance et d'effet sur la tension artérielle en cas de SAOS modéré.
La raison est simple : la tolérance de l'OAM est généralement meilleure que celle de la PPC. Un traitement moins efficace mais bien porté vaut mieux qu'un traitement très efficace mal observé.
Pour qui l'OAM est-elle indiquée ?
En première intention (recommandations HAS)
L'OAM est recommandée en première intention pour les patients avec un IAH entre 15 et 30 (SAOS modéré) sans comorbidité cardiovasculaire grave, ainsi que pour les ronflements sévères isolés. C'est la position de la HAS depuis son évaluation de 2014, confirmée par l'avis de remboursement de 2016 (HAS, avis CEPP 2016).
En deuxième intention (alternative à la PPC)
Pour les SAOS sévères (IAH > 30/H) en cas de refus ou intolérance à la PPC, d'échec malgré un accompagnement optimal, ou pour un patient voyageant fréquemment souhaitant une alternative portable.
Le profil du bon candidat
L'efficacité est meilleure chez les patients jeunes avec IMC normal (< 30), une rétrognathie modérée, un SAOS désaturant modéré plutôt que sévère, et une bonne denture résiduelle (minimum 6 à 8 dents par arcade).
Toutes les apnées ne répondent pas pareil à l'OAM
On résume souvent l'OAM à une question de sévérité. Légère, ça marche. Sévère, ça ne marche pas. C'est faux, et ça fait passer à côté de l'essentiel.
Ce qui décide, ce n'est pas seulement le chiffre de l'IAH. C'est le mécanisme de votre apnée.
Une orthèse avance la mâchoire. Elle ouvre l'espace derrière la langue. Donc elle agit sur les apnées qui viennent d'un pharynx qui se ferme, avec des chutes d'oxygène franches pendant la nuit. Sur ce profil-là, elle est souvent efficace, y compris dans les formes sévères.
Quand l'apnée est surtout faite de micro-éveils, sans grosse désaturation, le bénéfice est plus incertain. Le problème n'est pas que mécanique. L'orthèse a moins de prise.
C'est pour ça qu'on ne juge pas une OAM sur la seule sévérité.
On regarde aussi l'anatomie de la mâchoire, le poids, la façon dont l'air se bloque pendant le sommeil. Un patient jeune, pas en surpoids, avec une mâchoire un peu reculée et une apnée bien désaturante, c'est souvent un bon candidat. Même si son apnée est sévère.
Les 5 idées reçues sur l'OAM
« L'OAM, c'est juste une gouttière de pharmacie »
Faux et la distinction est capitale. Il existe des orthèses thermoformables vendues en pharmacie (non recommandées par la HAS) et des orthèses sur mesure prescrites par un spécialiste et réalisées par un chirurgien-dentiste formé. Les OAM sur mesure ont une efficacité deux fois supérieure. Seules les OAM sur mesure sont remboursées par la Sécurité Sociale.
« L'OAM ne marche que pour les cas légers »
Faux. Les données sur 271 patients sévères montrent 70,7 % de réduction IAH > 50 %. Et le suivi ORCADES à 5 ans montre un taux de succès de 63 % dans les SAOS sévères, supérieur aux légers (25 %).
« L'OAM abîme les dents à coup sûr »
Nuancé. Des effets secondaires dentaires existent : environ un quart des patients présente une réduction du surplomb dentaire supérieure à 1 mm à long terme. Mais c'est gérable avec une contre-gouttière matinale et un suivi dentaire tous les 6 mois. L'inconfort initial est fréquent mais transitoire.
« On ne peut pas utiliser l'OAM si on a du bruxisme »
Pas tout à fait. Le bruxisme n'est pas une contre-indication stricte. Une orthèse bien conçue peut être portée par un bruxeur. Le paramètre à surveiller est la durée de vie de l'appareil. Un bilan préalable avec le chirurgien-dentiste est nécessaire.
« L'OAM coûte cher et n'est pas remboursée »
Faux. L'OAM sur mesure est remboursée par la Sécurité Sociale (LPPR) sur prescription médicale.
Questions fréquentes sur l'OAM
L'OAM guérit-elle l'apnée du sommeil ?
Non. Comme la PPC, l'OAM traite l'apnée sans la guérir. Les apnées reprennent à l'arrêt du dispositif. Mais elle contrôle efficacement le SAOS chez la majorité des patients, avec une tolérance souvent supérieure à la PPC.
Quelle est l'efficacité réelle de l'OAM ?
L'étude ORCADES montre que 76,2 % des patients voient leur IAH divisé par 2 à 3 mois. L'efficacité décline ensuite avec le temps, mais reste présente chez 52 % des patients à 5 ans, et même 63 % dans les apnées sévères. L'effet sur la qualité de vie et la somnolence est comparable à la PPC pour les SAOS modérés.
L'OAM fonctionne-t-elle pour les apnées sévères ?
Oui. Une étude sur 271 patients avec SAOS sévère montre 70,7 % de réduction IAH > 50 %. L'OAM est recommandée par la HAS en deuxième intention pour les SAOS sévères en cas de refus ou d'intolérance à la PPC.
OAM ou PPC : comment choisir ?
La HAS recommande l'OAM en première intention pour les SAOS modérés sans comorbidité cardiovasculaire grave, et la PPC en première intention pour les SAOS sévères. En pratique, le choix dépend aussi de la tolérance, du mode de vie et des préférences du patient. Un traitement bien toléré et bien porté est toujours préférable.
Chez Éléa Santé
L'OAM fait partie de notre arsenal thérapeutique.
Le profil qu'on voit le plus souvent arriver, c'est le patient sous PPC qui ne la supporte pas.
Il a un appareil. Il l'a essayé. Il dort avec une nuit sur trois, ou pas du tout. Et personne ne lui a jamais dit qu'une autre option existait.
C'est là que le bilan compte.
Avant de proposer une OAM, on vérifie le profil : le type d'apnée, la désaturation, l'anatomie, l'état dentaire. Tout le monde n'est pas candidat, et le dire honnêtement fait partie du travail du médecin du sommeil.
Pour ceux qui le sont, on pose l'indication, on coordonne le parcours avec un chirurgien-dentiste habitué à ces dispositifs, et on contrôle l'efficacité par une polygraphie ventilatoire ou une polysomnographie sous orthèse une fois que le patient ressent les effets positifs.
Nos centres du sommeil de Montauroux, Draguignan et Nice permettent ainsi un parcours de soins dédié et contrôlé pour les patients éligibles à l'orthèse d'avancée mandibulaire.
Une consultation en médecine du sommeil chez Éléa Santé Vous souhaitez savoir si l'OAM est adaptée à votre apnée ? Vous êtes sous PPC et vous cherchez une alternative ? Un bilan du sommeil peut clarifier la situation, vous pouvez prendre rendez-vous dans l'un de nos centres de Montauroux, Draguignan ou Nice.
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L'OAM n'est pas une solution miracle. Mais pour le bon patient, c'est une solution efficace, discrète, portable, et remboursée, qui change concrètement la qualité de vie. Et pour beaucoup de Français, c'est une option dont personne ne leur a jamais parlé.
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Article rédigé par le Dr Loris-Alexandre Mazelin, psychiatre et médecin du sommeil, Éléa Santé.
Mis à jour en juin 2026.



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