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Apnée du sommeil et perte auditive : un lien que la science confirme 

  • Photo du rédacteur: Dr Loris-Alexandre Mazelin
    Dr Loris-Alexandre Mazelin
  • 18 déc. 2024
  • 7 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 5 jours

Mis à jour en juin 2026


L'apnée du sommeil ne touche pas seulement le cœur, la concentration ou la tension artérielle. Elle affecte aussi l'audition. Plusieurs études, dont une méta-analyse publiée en 2023, convergent vers le même constat : les patients atteints d'un syndrome d'apnées obstructives du sommeil (SAOS) présentent un risque significativement accru de perte auditive neurosensorielle (Kasemsuk et al., Otolaryngology, 2023). Plus l'apnée est sévère, plus le risque augmente.

Ce lien, longtemps suspecté, est désormais suffisamment documenté pour justifier une attention clinique. Voici ce que la science dit, ce qu'on peut faire, et pourquoi un médecin du sommeil a un rôle à jouer dans la préservation de l'audition.


À retenir

Les patients atteints d'un SAOS ont un risque accru de perte auditive, surtout dans les formes sévères.

Le mécanisme principal est l'hypoxie intermittente, qui endommage les cellules ciliées de la cochlée.

Le risque est dose-dépendant : plus l'apnée est sévère, plus l'audition est affectée.

Le traitement par PPC pourrait préserver la fonction cochléaire, surtout si l'observance est bonne.

Les acouphènes sont également plus fréquents chez les patients apnéiques.

Un dépistage audiologique peut être proposé chez les patients avec un SAOS sévère.

Personne portant la main à l'oreille, illustrant le lien entre apnée du sommeil et perte auditive
L'apnée du sommeil pourrait contribuer à la perte auditive par un mécanisme d'hypoxie intermittente.

Ce que disent les études : un faisceau de preuves convergent


La méta-analyse de 2023 : le point de bascule


En 2023, Kasemsuk et ses collègues ont publié la première méta-analyse systématique sur le lien entre SAOS et perte auditive neurosensorielle (Otolaryngology, Head and Neck Surgery, 2023). En croisant les données de plusieurs études contrôlées, ils concluent que les seuils auditifs sont significativement plus élevés chez les patients apnéiques que chez les témoins, en particulier dans les formes sévères. Cette méta-analyse confirme ce que les études individuelles suggéraient depuis plus de dix ans.


L'étude Chopra (2016) : une relation dose-réponse


L'étude de Chopra et ses collègues, menée sur une population hispanique et latino de grande envergure (Chopra et al., 2016), a montré que les patients apnéiques avaient un risque accru de 30 % pour toute déficience auditive, de 26 % pour les hautes fréquences, et de 127 % pour les basses fréquences. La

relation était dose-dépendante : plus l'apnée était sévère, plus le risque augmentait.


L'étude Sheu (2012) : perte auditive soudaine


Sheu et ses collègues ont analysé 3 200 cas de perte auditive soudaine (Sheu et al., JAMA Otolaryngology, 2012). Chez les hommes, le risque de perte auditive soudaine était augmenté de 48 % en présence d'un diagnostic de SAOS. Ces données, bien qu'exploratoires, ont été les premières à attirer l'attention de la communauté ORL sur cette association.


L'étude Vorlová (2016) : hautes fréquences et sévérité


Vorlová et ses collègues ont démontré que les patients avec un SAOS sévère présentaient des seuils auditifs significativement plus élevés à 4 000 et 8 000 Hz (Vorlová et al., 2016). Les corrélations les plus fortes étaient retrouvées avec l'indice d'apnées-hypopnées (IAH), la désaturation en oxygène et l'indice de masse corporelle.


Les mécanismes : comment l'apnée endommage l'oreille interne


L'oreille interne est un organe fragile, très sensible aux variations d'oxygénation. Les cellules ciliées de la cochlée, responsables de la conversion du son en signal nerveux, sont particulièrement vulnérables. Plusieurs mécanismes liés au SAOS peuvent les endommager.


L'hypoxie intermittente


Les pauses respiratoires répétées du SAOS provoquent des chutes cycliques de la saturation en oxygène. Cette hypoxie intermittente réduit l'oxygénation de la cochlée et génère un stress oxydatif qui endommage progressivement les cellules ciliées.


L'inflammation systémique


Le SAOS entretient un état inflammatoire chronique de bas grade. Les marqueurs inflammatoires (CRP, interleukines) sont élevés chez les patients apnéiques. Cette inflammation peut altérer la microcirculation cochléaire et accélérer la dégradation auditive.


Le dysfonctionnement vasculaire


Les patients apnéiques présentent fréquemment une dysfonction endothéliale, une rigidité artérielle accrue et des variations de pression artérielle nocturnes. Ces perturbations vasculaires réduisent l'apport en oxygène et en nutriments à l'oreille interne.


Des ronflements


L'exposition répétée au bruit intense des ronflements (qui peuvent dépasser 80 dB) est une hypothèse complémentaire. L'exposition chronique à ce niveau sonore pourrait contribuer à l'altération de la perception auditive, en particulier pour les fréquences proches de la fréquence du ronflement.


Apnée du sommeil et acouphènes : une association sous-estimée


Les acouphènes (sifflements, bourdonnements perçus en l'absence de source sonore externe) sont plus fréquents chez les patients apnéiques. Le mécanisme est probablement le même : l'hypoxie intermittente et l'inflammation systémique affectent la cochlée et les voies auditives centrales, générant des signaux parasites que le cerveau interprète comme des sons.


Ce lien est encore moins connu que celui avec la perte auditive. Pourtant, les acouphènes ont un impact majeur sur la qualité de vie : troubles de la concentration, difficultés d'endormissement, anxiété. Chez un patient qui consulte pour acouphènes et qui présente des facteurs de risque de SAOS (ronflement, somnolence, surpoids), un dépistage de l'apnée peut être pertinent.


Le traitement par PPC améliore-t-il l'audition ?


La question est cruciale. L'étude de Chi et ses collègues (Chi et al., American Journal of Respiratory and Critical Care Medicine, 2021) montre que le traitement par pression positive continue (PPC) améliore les seuils auditifs aux basses et moyennes fréquences après 6 mois, avec des gains maintenus à un an. Ces résultats suggèrent que la PPC, en réduisant l'hypoxie nocturne, pourrait protéger et partiellement restaurer la fonction cochléaire.


Plus récemment, l'étude de Grebenar Čerkez et ses collègues (2025) nuance le tableau : après 6 mois de PPC, les seuils auditifs ne s'améliorent pas de façon statistiquement significative, mais l'observance du traitement est associée à une meilleure préservation de l'intégrité cochléaire. Autrement dit, la PPC ne restaure pas nécessairement l'audition perdue, mais elle pourrait protéger l'audition restante, à condition d'une utilisation régulière.


Le message clinique est clair : traiter l'apnée ne suffit pas toujours à corriger la perte auditive, mais ne pas la traiter l'aggrave.

En pratique : quel parcours pour le patient ?


Tous les patients apnéiques n'ont pas besoin d'un bilan audiologique systématique. Mais certaines situations justifient une vigilance accrue.


Un dépistage audiologique peut être proposé quand


Le patient présente un SAOS sévère (IAH supérieur à 30) avec des désaturations nocturnes importantes.

Le patient se plaint d'une baisse d'audition ou d'acouphènes, même modérés.

Le patient est traité par PPC depuis plusieurs mois sans amélioration de sa fatigue ou de sa qualité de vie,

et un bilan complémentaire est envisagé.


Le parcours coordonné


Le médecin du sommeil confirme le SAOS et évalue sa sévérité. Si des symptômes auditifs sont présents, il oriente vers un ORL pour un audiogramme et un bilan otologique. Si une perte auditive neurosensorielle est confirmée, le traitement du SAOS par PPC est renforcé (car il peut protéger l'audition restante), et un suivi audiologique est programmé. En cas de perte auditive significative, un appareillage auditif peut être discuté en complément.


Questions fréquentes sur l'apnée du sommeil et l'audition


L'apnée du sommeil peut-elle provoquer une perte auditive ?


Oui. Plusieurs études et une méta-analyse de 2023 confirment que les patients atteints d'un SAOS ont un risque significativement accru de perte auditive neurosensorielle. Le risque est dose-dépendant : plus l'apnée est sévère, plus l'audition est affectée. Le mécanisme principal est l'hypoxie intermittente, qui endommage les cellules ciliées de la cochlée.


Quel est le mécanisme qui lie apnée et surdité ?


Les pauses respiratoires du SAOS provoquent des chutes cycliques de la saturation en oxygène (hypoxie intermittente). Cette hypoxie réduit l'oxygénation de la cochlée et génère un stress oxydatif qui endommage les cellules ciliées de l'oreille interne. L'inflammation systémique et le dysfonctionnement vasculaire associés au SAOS aggravent ce phénomène.


Le traitement par PPC améliore-t-il l'audition ?


Les données sont encourageantes mais nuancées. L'étude de Chi (2021) montre une amélioration des seuils auditifs après 6 mois de PPC. L'étude de Grebenar Čerkez (2025) montre que l'observance est associée à une meilleure préservation cochléaire, même sans amélioration statistiquement significative des seuils. Le consensus actuel est que la PPC protège l'audition restante, surtout si elle est utilisée régulièrement.


Apnée du sommeil et acouphènes : sont-ils liés ?


Oui. Les acouphènes sont plus fréquents chez les patients apnéiques. Le mécanisme est probablement le même que pour la perte auditive : l'hypoxie intermittente et l'inflammation affectent la cochlée et les voies auditives centrales. Un patient qui consulte pour acouphènes et qui présente des facteurs de risque de SAOS (ronflement, somnolence, surpoids) peut bénéficier d'un dépistage.


Quels patients apnéiques devraient consulter un ORL ?


Un dépistage audiologique est recommandé pour les patients avec un SAOS sévère (IAH supérieur à 30), ceux qui se plaignent d'une baisse d'audition ou d'acouphènes, et ceux dont les désaturations nocturnes sont importantes. Le parcours coordonné associe le médecin du sommeil (diagnostic et traitement de l'apnée) et l'ORL (audiogramme et bilan otologique).


Comment se faire dépister pour l'apnée et l'audition ?


Le dépistage de l'apnée du sommeil repose sur une polygraphie ventilatoire ou une polysomnographie, réalisées en centre du sommeil. Le dépistage de la perte auditive repose sur un audiogramme, réalisé par un ORL. Chez Éléa Santé, nous réalisons les examens du sommeil et nous orientons vers un ORL si des symptômes auditifs sont identifiés.


Chez Éléa Santé


Le lien entre apnée et audition est encore trop peu connu, y compris des professionnels de santé. Nous voyons régulièrement des patients qui consultent pour fatigue, somnolence ou ronflement, et chez qui une perte auditive progressive ou des acouphènes sont mentionnés en passant. Ces symptômes méritent d'être entendus, au sens propre.


Dans nos centres du sommeil de Montauroux, Draguignan et Nice, nous réalisons les examens diagnostiques (polygraphie ventilatoire, polysomnographie) et nous assurons le suivi du traitement par PPC. Quand des symptômes auditifs sont identifiés, nous orientons vers un ORL pour un bilan complémentaire, dans une logique de parcours coordonné.


Une consultation en médecine du sommeil chez Éléa Santé

Vous êtes traité pour une apnée du sommeil et vous constatez une baisse d'audition

ou des acouphènes ?

Un bilan du sommeil peut clarifier la situation, vous pouvez prendre rendez-vous dans l'un de nos centres de Montauroux, Draguignan ou Nice

 

L'apnée du sommeil est bien plus qu'un trouble respiratoire nocturne. Elle affecte l'ensemble de l'organisme, y compris des organes aussi délicats que l'oreille interne. Reconnaître ce lien, c'est ouvrir la porte à une prise en charge plus complète et à une prévention qui peut réellement préserver la qualité de vie.

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Article rédigé par le Dr Loris-Alexandre Mazelin, psychiatre et médecin du sommeil, Éléa Santé.

Mis à jour en juin 2026.


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